L’équipe de rédaction de L’Archer Français remercie Mme Christine REVOL, chevalier d’arc, secrétaire de la Ronde du Pays d’Oc, qui nous a permis de réunir ce qui était épars et rédiger ainsi le portrait ci-dessous.

Charles Joseph Bonaventure OGNARD, né le 4 janvier 1804 à Verberie (Oise), était un horloger de profession et chevalier d’arc de la compagnie d’Apollon située à Belleville (Paris). Il était marié à Marie Augustine Louise LARIVE et eu un enfant le 18 juillet 1844 : Albert Marie OGNARD.

Inventeur dans l’âme, M. OGNARD déposa différents brevets au cours de son existence, comme : un brevet pour système agraphe dite cliquet fermoir (1842), un brevet pour une brisure à crochet applicable aux boucles d’oreilles (1843), un brevet pour un bouton de gants (1844), un brevet pour un compas mécanique ayant pour objet de tenir la capote des cabriolets calèches (1844), ou encore un brevet pour un bouton agrafe dit à pression (1851).

Il est un système original qu’il créa en 1842 et qui intéresse particulièrement le noble jeu de l’arc : un compas dit Ognard, permettant la mesure des coups avec une grande précision et qui révolutionna au milieu du XIXe siècle les pratiques liées au tir.

Au milieu du XIXe siècle, M. EMERY, chevalier d’arc de la compagnie de Belleau (Aisne), président du bureau du prix provincial, présenta à ses collègues ce compas et proposa de remplacer le tir à la broche par un tir où les coups seraient mesurés. L’assemblée prit connaissance de l’outil, mais remit à l’année suivante toute décision relative à une modification éventuelle des pratiques en usage. En 1851, les délégués de toutes les compagnies, réunis à Château-Thierry, furent saisis de la question et de la proposition faite par M. Emery d’adopter ce nouvel outil. Mise au vote, sur 24 chevaliers appelés à se prononcer, 11 seulement se montrèrent favorables au changement. Un s’était abstenu. Les autres opinèrent « pour le maintien de la broche ».

Persévérants, les partisans du mesurage au point de centre provoquèrent quelques mois plus tard, le 16 novembre 1851, une réunion spéciale. Un nouveau règlement général pour le tir du prix provincial et autres fut écrit, dans lequel il était dit que le compas Ognard « serait adopté à l’avenir pour servir au mesurage » des coups. Sur 24 votants, 22 chevaliers s’étaient montrés favorables à la réforme.

Mais l’affaire n’en resta pas là. La saison suivante au bouquet de Romeny, une opposition violente se manifestait contre tout changement à la coutume. Les délégués hostiles au compas Ognard, étant en majorité, prirent un arrêté interdisant la substitution du nouveau mode de mesurage à l’ancien et déclarant passible d’une amende de 150 francs toute compagnie qui contreviendrait à cette décision.

Ce n’est que sept ans plus tard que la réforme finit par s’imposer. Le bouquet de 1859 fut donc le premier dont les coups aient été mesurés avec le compas Ognard. Sur l’initiative de la compagnie d’Essomes, l’adoption en avait été proposée, une fois de plus, à toutes celles qui s’y trouvaient intéressées. Chacune avait reçu une lettre l’invitant à se prononcer sur l’opportunité de la réforme. Sur 46 sociétés composant alors officiellement l’effectif de l’arrondissement ou assimilées, telles que Méry, Nanteuil et Sainte-Aulde, 10 s’étant abstenues, 28 se déclarèrent pour l’adoption et 10 seulement s’y montrèrent hostiles. La réforme était faite.

Désormais donc, plus de broche centrale. Les chevaliers superposèrent à la grande carte, dans son milieu, un petit carré de carton dénommé marmottin, où le point de centre était marqué. Une flèche perçait-elle cette cible restreinte et mobile, sur le trou on juxtaposait un « mandrin » de la même grosseur que celle-ci, au centre duquel se plaçait l’une des extrémités du compas tandis que l’autre se fixait « au point de centre » de la petite carte. Le mécanisme ingénieux du compas permettait d’apprécier à un dixième de millimètre près la distance exacte des coups. Parmi les compagnies consultées en cette affaire, quelques unes, dont il n’a pas encore été question jusqu’ici, étaient des sociétés de fraîche date. Ainsi, par exemple, celles de Crouttes, de Domptin et de Fresnes. Celle de Marizy-Saint-Mard avait existé autrefois, mais venait seulement de se reformer au mois d’avril 1858. Les chevaliers de Viels-Maisons, de fondation plus récente encore, n’avaient pas été admis à donner leur avis sur la réforme en question.

M. OGNARD décéda le 25 mars 1884 à Paris.

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Si certains lecteurs sont en possession d’informations complémentaires sur le compas Ognard ou la compagnie d’Apollon, prière de contacter le directeur de publication de L’Archer Français. Merci par avance.

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