La rédaction de L’Archer Français s’est attelée, ces derniers jours, à rédiger une synthèse de l’histoire des compagnies d’arc, de leurs origines à aujourd’hui.

Aujourd’hui est l’occasion de publier la première partie d’un volet de trois parties ; volet spécialement consacré à la naissance des compagnies privilégiées. Nous publierons a priori demain et après-demi les prochaines parties.

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En France, c’est au début du XIe siècle qu’une réorganisation sociale et économique du territoire se dessina. Dans beaucoup de villes, plusieurs cités réussirent à obtenir de leur seigneur des « chartes de franchise » en échange, bien souvent, de grosses sommes d’argent. Une fois les franchises obtenues, les « bourgeois » (habitants du bourg) de ces cités étaient libres de toute autorité et n’avaient alors plus de redevances à payer. Les villageois devenaient dépendants d’eux-mêmes ; c’étaient à eux de développer leur cité et collecter de nouveaux revenus.

Une fois créées, il ne fallut pas attendre longtemps pour que les habitants des villes se rassemblent et s’organisent pour défendre leurs cités ; condition sine quanone à cette époque pour survivre. Ainsi, outre l’édification de fortifications, s’organisèrent rapidement des « milices bourgeoises » armées dans chaque nouvelle cité.

Si chaque habitant jouissait désormais de nouveaux droits avec les chartes de franchise, la contre-partie fut qu’ils durent respecter de nouveaux devoirs ; tout simplement pour garantir leur liberté et celle de leur foyer. Si dans les châteaux seigneuriaux les enceintes étaient surveillées par des soldats professionnels, les fortifications et les portes des des villes étaient quant à elles gardées par les habitants eux-mêmes.

Pour cela, en supplément de leur temps de travail ordinaire, de jour comme de nuit, chaque bourgeois prêtaient serment de se prendre régulièrement les armes pour le compte de la ville. Les missions confiées étaient simples et récurrentes : guetter l’horizon du haut des fortifications, surveiller les allers-et-venues aux Portes de la ville, taxer les voyageurs, réaliser au besoin la police dans les rues. En outre, ils devaient participer à l’extinction des incendies ou encore défendre la Cité lorsque les roulements de tambours ou la cloche de la ville l’imposaient.

Généralement, la défense de la Cité se bornait à un périmètre extérieur maximal fixé à quelques lieues seulement des fortifications. Ainsi, parfois, en vue de défendre bien souvent les intérêts économiques de la cité, les échevins (membres généralement élus du conseil municipal) pouvaient requérir l’aide des bourgeois de la ville pour participer à des expéditions militaires. Alors, les bourgeois n’étaient pas obligés d’intégrer le corps expéditionnaire. Ils pouvaient cependant se porter volontaires et devenir des miliciens municipaux, armés sous la bannière de la ville, en échange d’une solde journalière.


Compagnie de Lessines

Suivant l’importance des villes, les milices bourgeoises étaient bien évidemment organisées de façon différente. Ceci étant, généralement, les hommes d’un même quartier de la ville étaient regroupés sous la bannière d’une compagnie de la milice bourgeoise ; de sorte qu’une ville possédait donc plusieurs compagnies. Dans la pratique, ces compagnies étaient souvent composées d’une cinquantaine d’hommes (d’où le nom de « cinquantaines »). Parfois, les hommes appartenant à une confrérie de métier (maçons, boulangers, …) étaient exemptés de se réunir au sein de la compagnie de leur quartier mais devaient alors se réunir entre gens du même métier pour combattre.

L’ensemble des compagnies d’une ville était sous les ordres du premier échevin (maire de la ville). A la tête de chaque compagnie était désigné un capitaine, secondé par un lieutenant. Ils avaient pour principales missions d’organiser les tours de guet, de faire percevoir l’armement (on laissait rarement l’armement aux habitants pour éviter tout risque de soulèvement de la cité) et d’assurer la formation continue de leurs troupes. Pour cela, ils rassemblaient régulièrement leurs troupes, inspectaient l’armement et convoquaient leurs miliciens tous les dimanches pour s’entraîner.

Les armes de trait étant les plus favorables pour la défense d’une cité, c’étaient logiquement elles qui furent favorisées. Ainsi, après l’arc et l’arbalète (XIIIe siècle), les miliciens finirent par adopter l’arquebuse (XVIe siècle), arme à feu ayant une portée effective limitée à environ 50 mètres. Ce sont à ces armes que les compagnies des milices s’entraînaient majoritairement.

Lorsque l’on étudie l’histoire médiévale des grandes villes de France, on constate que les compagnies de la milice bourgeoise rendirent de grands services à la protection des villes. Ce sont elles qui, au premier rang, défendirent les cités contre mes hordes de barbares et de voleurs. Et ce, même lorsque l’armée royale commença à se constituer au XVe siècle, lorsque Charles VII mis en place les « compagnies d’ordonnance » (premières unités militaires permanentes et donc professionnelles à disposition du roi de France) et les « compagnies de francs-archers » (compagnies de roturiers dispensés du paiement de la taille en échange de leur engagement en tant qu’archer dans l’armée royale quand la situation militaire l’exige).


Franc-Archer

Pour honorer des vétérans et des miliciens particulièrement méritants, mais aussi pour dispenser quelques bourgeois notables de certaines obligations, se créèrent rapidement au sein de la milice bourgeoise des compagnies dites « privilégiées ». Suivant les lieux, leurs membres n’étaient pas assujettis au paiement de certaines taxes et/ou n’avaient plus à participer à certaines obligations militaires. Chaque compagnie privilégiée avait généralement pour attribut une arme de trait, de sorte qu’il n’exista que trois compagnies privilégiées au maximum au sein d’une ville ; une de l’arc, une autre de l’arbalète et une de l’arquebuse enfin. Dans certains lieux, dans le Nord et en Belgique particulièrement, ces compagnies privilégiées portaient le titre de « Grand Serment » et « Petit Serment ».

Les compagnies privilégiées étaient en quelque sorte des guildes ou confréries armées, placées sous la protection d’un saint (généralement Sébastien pour les archers, Georges pour les arbalétriers et Martin pour les arquebusiers). Dans le temps, de multiples sources historiques nous montrent qu’elles gardaient et faisaient appliquer leurs avantages et prérogatives, en s’appuyant sur leurs status.

Ce sont ces compagnies privilégiées de l’arc qui sont à l’origine des actuelles compagnies d’arc et non les compagnies de francs-archers, comme le prétendent certains. Des compagnies privilégiées de l’arc et de l’arbalète sont en effet constatées dès le XIIIe siècle. L’institution des francs-archers, quant à elle, n’exista que durant une trentaine d’années, de 1448 à 1481. Louis XI pris la décision d’abolir ce corps militaire, suite à la cuisante défaite de l’armée royale française à la bataille de Guinegatte en 1479. C’était la première et dernière fois qu’ils furent engagés au cours d’une bataille ; bataille au cours de laquelle ils révélèrent leur inefficacité, au point où l’historien Philippe Contamine leur fait porter l’essentiel de la responsabilité de la défaite française.

Pour finir sur les racines de ces sociétés et réfuter des origines douteuses, rappelons qu’attester que la première compagnie d’arc descendrait d’une confrérie créée au IXe siècle et défendant les reliques du martyr Saint Sébastien, est également très peu probable, Cela relève davantage d’une légende permettant du donner du cachet historique à ce qui est devenu, au XVIIIe siècle, l’archiconfrérie de Saint Sébastien (chaque chevalier de l’arc devait s’enregistrer à l’époque dans une confrérie locale de Saint Sébastien ; confréries qui étaient gérées par cette archiconfrérie dont l’abbée de Saint Médard-les-Soissons était le Grand Maître).

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Lire la suite : apparition du Noble Jeu de l’Arc (partie 2/3)

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