NDLR : Cet article est la suite de celui-ci.

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Agathe : « Invitez-vous également les clubs à participer à ces Prix ? »

Sébastien : « Bien sûr ! Nous ne sommes pas des communautés fermées et il ne faudrait surtout pas que cela le devienne un jour. En principe, nous invitons tous les archers des alentours, sans distinction, et participons régulièrement aux concours que les clubs organisent. »

Gérald : « A ce propos, il y a un moment fort où nous pouvons tous nous retrouver chaque année, compagnies et clubs volontaires : le bouquet provincial. C’est en quelque sorte la fête annuelle de l’archerie, où tous les archers se rassemblent sous leur bannière pour un défilé, une messe pour ceux qui le désirent, un tir dit aux assiettes, des animations, … C’est en y participant que nous pouvons ensuite tirer au championnat de France Beursault. »

Agathe : « Pratiquez-vous les mêmes tirs et avec les mêmes armes ? »

Sébastien : « Oui, les mêmes arcs et souvent les mêmes disciplines. Sauf que certaines compagnies effectuent encore le tir de l’abat de l’oiseau en tirant à la perche verticale et il est vrai que les compagnies pratiquent, en principe, davantage le tir Beursault. Pour faire simple, dans un jeu d’arc, qui est le lieu de tir extérieur d’une compagnie, la discipline du Beursault c’est le fait de tirer une flèche sur une cible placée sur une butte distante de 50 mètres ; puis on part récupérer cette flèche pour la lancer dans le sens opposé, sur la butte où l’on a débuté le tir. En d’autres termes, le Beursault se pratique en plusieurs allers-retours. »

Gérald : « Oui, c’est assez impressionnant comme discipline, car il existe un certain danger malgré l’environnement et le cadre sympathique d’un jeu d’arc. Mais là encore, les différences sur le fond et la forme sont nombreuses dans la pratique même et surprennent souvent. Par exemple, ce qui m’a toujours étonné lorsque je voyais un archer de compagnie tiré, c’est sa façon de tirer sa première flèche ; il salue, un peu comme dans les arts martiaux, en criant haut et fort la formule « Mesdames, Messieurs, je vous salue. » Cela est très impressionnant de le voir et l’entendre pour la première fois. Pour nous, dans un club, cela n’a pas beaucoup d’importance et beaucoup ricanent de cette pratique. Mais après discussion avec Sébastien il y a deux semaines de cela, celui-ci m’a fait comprendre les intérêts de ce salut et d’autres pratiques. Du coup, je ricane moins depuis. »

Agathe : « Quels peuvent être les intérêts de telles coutumes ? »

Sébastien : « Les us et coutumes des compagnies d’arc ont un double voire même un triple sens : un sens pratique, souvent lié à la sécurité des archers, puis un sens moral, lié à des vertus ou principes, puis un sens religieux ou symbolique issu de traditions du passé. Prenons le sujet du salut qu’évoquait Gérald pour exemple. Avec cette pratique, nous pouvons retrouver ce triple sens. Dans le cadre dangereux du tir Beursault, le salut oral permet de garantir un minimum de sécurité en prévenant les autres archers que l’on est prêt à armer. Puis dans un sens moral, par bienséance, on rend honneur à tous ceux qui ont tiré dans le jeu d’arc, donc on y retrouve entre autre le respect des anciens. Et enfin, dans un sens spirituel, on pourrait dire que ce salut est l’équivalent symbolique de la formule latine Ecce Homo (Voici l’Homme). »

Agathe : « Dans les compagnies, tout le monde pratique ces trois sens ? »

Sébastien : « Le sens pratique doit être pratiqué en tout temps et en tout lieu, car il garantit une sécurité dans un jeu d’arc. Le sens moral doit être a minima respecté. Quant au sens spirituel, nous n’obligeons personne à y croire ou y tendre. D’ailleurs, il faut y avoir été initié pour le connaître, le comprendre et le vivre. »

Agathe : « C’est là que nous pourrions parler de la Chevalerie de l’arc ? Pouvez-vous m’en dire plus, bien que je sais que les archers des compagnies d’arc en parlent que très discrètement ? »

Sébastien : « Oui, nous le pouvons. Ce n’est pas un secret, il existe en effet dans les compagnies ce que l’on appelle des Chevaliers de l’arc. En bref, ce sont des archers comme les autres mais qui sont investis depuis plusieurs années dans l’archerie et qui, a priori, le resteront jusqu’à la fin de leur vie. Ils deviennent Chevaliers au cours d’une cérémonie, où ils prêtent notamment le serment de défendre, pratiquer et faire perdurer les us et coutumes du Noble Jeu de l’Arc. Toutes ces traditions descendent d’anciennes pratiques provenant essentiellement du Moyen-Age et du siècle des Lumières. »

Agathe : « Qu’est-ce que tout cela vous évoque Gérald ? »

Gérald : « C’est un choix d’orientation dans ce que j’aime appeler la Voie de l’arc. Je ne critique pas ces pratiques que je trouve par ailleurs respectables. Mais comme nous le disions au début, tout est une question de but recherché. Avec l’existence des compagnies et des clubs au sein de la Fédération Française de Tir à l’Arc, chaque archer peut y trouver son compte. »
Sébastien : « Je vais compléter ce point en rappelant qu’effectivement, comme le veut la règle de géométrie projective, deux flèches tirées parallèlement se rejoignent au final en un point à l’infini et que c’est ça qui compte. A chacun sa parallèle. »

Agathe : « Merci à vous deux pour ces deux belles conclusions qui montrent que les compagnies et les clubs ne s’opposent pas, mais sont deux voies distinctes dans l’archerie et que chacun peut librement suivre l’une ou l’autre, suivant ses affinités, perceptions mais surtout but recherché. »

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