L’histoire de l’arc en alliage léger est très curieuse. En 1934 Edgard Verdin un contremaître de l’usine du Bourget de la Société du Duralumin était allé voir l’un de ses oncle à Rollot, dans la Somme. Il fut invité à la grande distraction locale, le tir à l’arc. Un arc en bois cassa. Devant les doléances du propriétaire qui avait déjà perdu deux arcs depuis le début de l’année Verdin proposa d’établir un arc métallique.

Jamais jusque-là on n’avait pu en mettre un au point, mais ce n’était pas une raison. Rompu à la métallurgie des alliages légers qu’il pratique depuis 1910, Verdin fit d’abord un arc tubulaire et partit l’essayer dans la Somme, ignorant qu’il existait une compagnie d’archers au Bourget même. Du premier coup, la flèche franchit les 50 mètres; mais après l’expérimentation, on constata que l’arc s’était déformé.

Verdin adopta alors un profil plein en demi-jonc obtenu avec une barre coupée en deux: l’arc était trop dur.

Il réalisa la bonne souplesse en amincissant la section. Maintenant le profil des modèles fabriqués par les établissements Chariou (1) est sensiblement rectangulaire avec deux arrondis sur la face supérieure. Les branches démontables sont prises dans la barre, filée à la presse, en duralumin traité thermiquement, puis étiré avec 6% de réduction de section pour obtenir un écrouissage suffisant du métal; les caractéristiques sont: 52 kg/mm2 de résistance à la rupture, 48 kgf mm2 de limite élastique avec 5 à 8% d’allongement. Les branches sont ensuite découpées à la scie à ruban en épaisseur et en largeur, la section à l’extrémité n’étant que de 10mm de large sur 6mm d’épaisseur. Les encoches pour l’amarrage de la « corde» en câble d’acier, sont formées et une double cambrure en forme d’accolade est donnée dans le plan longitudinal. La poignée permettant le démontage est également en barre filée présentant un alésage intérieur correspondant au profil de base des branches; coupée en tronçons de 120 mm, décolletée aux extrémités et moletée pour assurer la prise de la main, Cette poignée est emmanchée dur sur une des branches l’autre étant ajustée sans jeu.

Il existe deux modèles d’arcs: l’un pour le tir horizontal au beursault, de 1m70 avec une section de branche de 20 x 14 mm l’autre, plus fort pour le tir vertical à la perche, de 1m80 à 1m90 avec une section de 25 x 17 mm dans les deux cas c’est le même profil de poignée qui est utilisé; il est toutefois réduit de section par étirage pour le petit arc. Les arcs ont 70cm d’allonge. A la longueur de la flèche du tireur, l’effort de tension est de 20 à 22 kg pour la portée de 90 m.. Cet effort augmente ou diminue d’un kg par 3 cm d’allonge en plus ou en moins. Le dispositif d’emmanchement des branches permet de raccourcir la longueur de l’arc de 5 cm si l’on veut augmenter la vitesse et la portée. Signalons que pour le tir à la perche, l’arc en duralumin tendu à 32 kg donne les mêmes résultats qu’un arc en bois subissant un effort de 40 ou 50 kg. Des essais ont été également faits avec des flèches en métal léger.

Ajoutons que de nouveaux progrès de l’arc en métal léger peuvent être envisagés en particulier par l’emploi d’un métal à plus hautes caractéristiques mécaniques tel que le Zicral.

Maurice Victor.

(1) Etablissements Chariou 25 rue Groulard. Le Blanc-Mesnil (Seine et Oise)

Texte extrait du « Tir à l’Arc » n°416, août 1948.

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Notons que cet arc a donné naissance au « Challenge Duralumin » qui avait été gagné par la compagnie de Claye en 1950 ; équipe qui le remporté 4 fois consécutivement.

Ce challenge est toujours visible dans le logis de la Compagnie d’Arc de Claye où il trône en bonne place.

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