Dans quelles structures associatives (pour utiliser des termes contemporains) les compagnies d’arc actuelles trouvent leurs racines ? Voilà sans doute la plus grosse problématique dans le domaine de l’étude de l’histoire des compagnies d’arc.

Arquebusier de Paris
Arquebusier de la ville de Paris

L’exemple qui illustre le plus cette problématique est le cas de la ville de Paris. Comme nous l’apprend le livre Archers du Vieux Paris, écrit en 1927 par le Capitaine Tubert, la capitale comportait plusieurs corps permettant le maintien de l’ordre dans la ville :

La Force armée du Châtelet comprenait :
– la Compagnie d’ordonnance du Prévot de Paris : 100 hommes,
– la Compagnie du lieutenant lay de robe courte : créé en 1526 et comportait alors que 20 archers et 1 trompette,
– les Sergents du Châtelet : aux attributions militaires, judiciaires et policières, se divisaient en sergents à la douzaine, sergents fieffés, sergents à verge et sergents à cheval.

Le Guet comprenait :
– le Guet Royal : ou « guet debout », 20 cavaliers et 40 fantassins, servant par moitié pour la surveillance de la capitale durant la nuit
– le Guet Bourgeois : ou « guet dormant ou assis », constitué de tous les gens de métiers (artisans, commerçants & ouvriers) qui restait à certains carrefours, places et portes de la ville pour « conforter, secourir et ayder les uns aux autres ».
Le tout étant sous la direction du chevalier du guet.

La Prévôté des Maréchaux comprenait :
– la Compagnie de Connétablie : sous la juridiction du Connétable, troupe considérée comme un des plus puissants auxiliaires de la tranquillité publique
– la Compagnie de l’Ile-de-France : création en 1537 et comprenait alors 1 prévôt des maréchaux, 1 lieutenant de robe longue (attributions judiciaires et fiscales), 1 lieutenant de robe courte (attributions militaires), 30 archers et 1 trompette.

La Prévôté de l’Hôtel : dont la juridiction s’étendait jusqu’à dix lieues autour de la résidence royale

La Milice municipale comprenant :
– les compagnies de la milice comprenant, suivant les temps, des regroupements par métiers ou par quartiers territoriaux de bourgeois.
– les Trois Nombres, compagnies privilégiées (c’est-à-dire que leurs membres bénéficiaient de plusieurs exemptions mais devaient en échange s’habiller et s’armer à leurs frais) ayant à l’origine de 120 archers, 60 arbalétriers et 100 arquebusiers.

En dehors de ces compagnies armées, on note en outre l’existence de trois confréries, plus anciennes que les compagnies des Trois Nombres et qui pratiquaient chacune le noble jeu de l’arc, de l’arbalète et de l’arquebuse. Ces confréries, non privilégiées, prendront plus tard le titre de Compagnies des chevaliers du noble jeu de l’arc, de l’arbalète ou de l’arquebuse. Elles étaient les seules à pratiquer le tir du papegeay, permettant de désigner annuellement le roi de la compagnie. Et c’étaient majoritairement elles qui auraient servies de vivier pour le recrutement au sein des compagnies des Trois Nombres.

Comme le rapporte le comte Albert de Bertier dans son livre Le tir à l’arc écrit en 1900, il exista également à Paris un corps des chevaliers de l’arc de Paris créé en 1786 par le duc Anne Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg (sur lequel nous avons écrit un article le 4 avril 2012) et qui comprenait une compagnie de Fusiliers et une autre de Grenadiers.

Nous voyons donc ci-dessus dessinée toute la complexité et la multiplicité de l’organisation judiciaire, policière et militaire de la ville de Paris. Et, sur un plan national, nous comprenons là toute la difficulté à repérer, suivant les lieux et les temps, de quelles structures les compagnies d’arc sont les héritières.

De notre point de vue, concernant la ville de Paris uniquement (car chaque ville avait son organisation militaire), les compagnies d’arc parisiennes ne sont pas issues des compagnies privilégiées des Trois Nombres, mais plutôt des Compagnies des chevaliers du noble jeu de l’arc, de l’arbalète ou de l’arquebuse (qui étaient autrefois des confréries et n’étaient pas privilégiées).

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