L’origine exacte du mot « marmot » nous semble très difficile à retracer, en se basant sur des sources historiques fiables. La première trace retrouvée remonte au milieu du XIXe siècle, à l’époque où comme nous le supposions dans notre article sur le Beursault, le marmot fut utilisé lorsque le « maîtresse broche » fut abandonnée pour s’attacher à mieux calculer les coups.

Les Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, Volume 10, Société des antiquaires de Picardie (1865) mentionne par exemple à cette époque :
2° Il sera tiré les deux pantons et deux marmots; chaque chevalier tirera autant de coups qu’il sera arrêté par les officiers et députés de chacune des compagnies, et les prix seront réglés par lesdits officiers et députés.


Ceci étant, lorsque l’on cherche plus en avant, pouvons-nous trouver des éléments pouvant nous donner l’origine de l’utilisation de ce mot ? Pour essayer d’y voir plus clair, voici ci-dessous quelques anciennes définitions :

Nouveau Dictionnaire De L’Academie Françoise, vol. 2 (1718) :
MARMOT, f. m. Espèce de singe qui a une barbe & une longue queue’. Gros marmot, laid comme un marmot. Marmot Signifie aussi, Une petite figure grotesque de pierre , de bois, &c. On dit fig. Croquer le marmot, pour dire, Attendre long temps. Que voulez-vous que je fasse là à croquer le marmot ? il luy a fait croquer le marmot deux heures durant. On appelle fig. par mépris. Un petit garçon. Vn marmot, & Une petite fille, Vne marmotte, vous estes un beau marmot.

Dictionnaire universel françois et latin, vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux (1738) :
MARMOT, L m. Espéce de gros finge a longue queue. Un vilain marmot. Cercopithecus, finius caudatus. Marmot , feditaufll des figures laides & malfaites quand elles font en petit volume : & on dit d’un apprentit peintre, qu’il fait des marmots. Imago difformù. On dit aufli odieufemenr qu’un homme cft curieux de marmots, quand il a un cabinet rempli de figures de bronze, de marbre, &c. Ce mot vient du Latin marmor, qui fignifie des figures de marbre.
M. de Laurière dérive ce mot de marmot, & ceux de marmoufet 8c de mermiau, du vieux mot François merme, qui veut dire petit, Minor.
On dit de ceux qu’on laiflè longtems attendre à une porte, dans un vestibule, qu’ils croquent le marmot, parce que pour fe dcfennuyer ils barbouillent, ils croquent un marmot » ou quelque figure mal bâtie contre la muraille.
On appelle assi ironiquement des enfans de petits marmots, parce qu ils n’ont pas les traits du vifage, ni l’éfprit encore bien formez. Un petit marmot, une petite marmotte. M »* l’Héritier Ce fèrt de ce mot dans le flile familier.

Manuel des Amateurs de. la langue française, pag. 373, Paris (1813) :
n L’origine de l’expression croquer le marmot, donnée dans le n° 3 (du Manuel des Amateurs de la tangue française), n’est » point satisfaisante; en voici une que nous croyons meilleure : Si une personne, qui en attend une autre, s’impatiente, elle murmure entre ses dents et imite , en quelque sorte, la grimace du marmot ou du singe; elle croque comme le marmot, clic croque…. te marmot.

Dictionnaire étymologique, critique, historique anecdotique et littéraire… pour servir à l’histoire de la langue française, Volume 2 (1859) :
« Croquer le marmot, c’est faire avec du charbon et de la craye diverses figures sur ces statues de marbre, ou d’autres pierres, qui sont dans les vestibules, ou sur les degrés des grandes maisons, ce qui convient assez à un pauvre diable qu’on fait attendre et qui s’ennuie. Les Gascons disent croquer le mouset , qui se dit par aphérèse pour marmouset, diminutif du bas-breton marinons, synonyme de marmot. »
« On dit proverbialement : garder le mulet ; compter tes clous de la porte; faire le pied de grue ,• et croquer le marmot. Ces quatre expressions signifient, à quelques nuances près, attendre long-temps à la porte d’une maison, ou dans un lieu quelconque. Les trois premières s’expliquent’ facilement; ainsi je ne m’arrêterai qu’à la quatrième qui, selon moi, doit son origine à une espèce d’instrument (si je puis l’appeler ainsi) qui élait autrefois fort en usage , et que j’ai encore vu daus mon enfance a la porte principale de plusieurs antiques manoirs. Voici comment était disposé cet instrument qui tenait alors lieu des marteaux et des sonnettes dont on se sert à présent : un gros morceau de fer crénelé était attaché à la porte en forme de poignée; dans cette poignée était passé un gros anneau de fer qu’on pouvait aussi faire mouvoir du haut en bas, et du bas en haut de la poignée. La porte en cet endroit était garnie d’un gros bouton de cuivre qui représentait une de ces figures grotesques, qu’on nomme ordinairement marmots. Voulait-on se fjire ouvrir la porte , on agitait l’anneau contre les crénelures de la poignée, et ce frottement produisait un bruit, ou plutôt un craquement assourdissant qui se faisait entendre dans l’intérieur de la maison.
» Je pense donc que croquer le marmot tire son origine du frottement dont je viens de parler. Quand une personne avait longtemps attendu à la porte, elle pouvait dire: J’ai long-temps frotté l’anneau; ou plutôt : j ai long-temps craqué (usant de l’onomatopée); et comme pendant ce frottement, ce craquement, le marmot attirait, l’attention, ou peut-être rendait un son, on l’aura associé à cette action, en disant :j’ai long-temps craqué le marmot.
«Vous m’objecterez sans doute, Monsieur, que 1 on ne dit pas , craquer, mais croquer le marmot, et que ces deux verbes n’ayant pas la même signification, on ne peut reconnaître dans ce que je viens de dire, l’origine de croquer le marmot; je suis d’accord avec vous sur ces deux points; mais n’est il pas possible que I a de craquer se soit changé en o dans croquer, comme celui d’armoire que le peuple prononce ormoire. Je suis d’autant plus fondé à croire ce changement , que j’ai souvent entendu des anciens aire : craquer le marmot. »


A la lecture de ces définitions, par élimination, nous pensons que nous pouvons abandonner ces pistes :
– le singe
– l’expression de la laideur
– l’enfant

Seules ces pistes nous semblent intéressantes :
– « Une petite figure grotesque de bois » est intéressant car au XVIIIe et sans doute au XIXe, les cartes pouvaient être faites en bois.
– L’idée d’ »Attendre longtemps » est intéressant car l’archer doit être patient pour arriver à faire mouche
– La piste « on dit d’un apprentit peintre, qu’il fait des marmots » est également intéressante car autrefois les cartes étaient peintes ; peut-être que les premiers marmots étaient régulièrement mal peints ?
– La poignée pour frapper à la porte et qui rend un son car symboliquement, pour certains, la carte peut être vue comme une porte

La piste la plus probable pour nous est toutefois sans doute celle-ci, sans que nous puissions affirmer qu’elles soient à l’origine véritablement de ce mot :
– « vieux mot François merme, qui veut dire petit, Minor. » est intéressant car il s’agit effectivement d’une petite cible.

Si certains de nos lecteurs avaient d’autres pistes, nous sommes preneurs ! Merci par avance.

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