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Cet article a été publié dans le dernier numéro du magazine Le Tir à l’Arc de la FFTA.
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Au début du XVIIIe siècle apparaît la première forme connue de Statuts et Règlement généraux pour toutes les compagnies du noble jeu de France. Ce texte, signé en 1733 par l’Abbé Henri Charles Arnauld de Pomponne, semble avoir fait loi sur le royaume : la plupart des compagnies d’arc s’y soumettaient et mirent leurs statuts particuliers en conformité avec ces derniers.

D’autres statuts et règlements généraux apparurent par la suite, afin de mettre ces derniers en conformité avec l’évolution des usages et des pratiques des archers. Notons par exemple que le Dr Denonvillers, de la Compagnie Impériale d’Arc, fait adopter en 1863 de nouveaux statuts, intitulés Statuts et règlements généraux de la Chevalerie de l’arc. Le principal objectif était ici très clairement d’écarter des textes, toute référence religieuse. Avec l’esprit devenant de plus en plus sportif, voire compétitif, les règlements furent à nouveau remaniés, notamment en avril 1960, avec la publication des Règlements Généraux des chevaliers de l’arc et archers de France. Le titre montre à lui tout seul une nette distinction au sein des compagnies entre 2 « classes » (même si la distinction est assez virtuelle dans les faits) : les chevaliers de l’arc d’un côté et les archers de l’autre. Rappelons en effet qu’autrefois les compagnies n’étaient composées que de chevaliers de l’arc, tous unis comme des confrères partageant un même serment et le même amour du noble jeu de l’arc, de ses traditions, etc. Les choses ont évolué depuis et nous ne nous permettrons pas de les remettre en question.


Statuts de la compagnie d’arc de Provins (milieu du XVIIIe s.)

Dans l’article de ce numéro, nous vous proposons de nous intéresser à la période antérieure aux premiers remaniements du milieu du XIXe siècle.Pour se faire, nous avons entrepris d’ « exhumer » d’anciens articles du journal L’Archer Français, écrits par M.Vaïsse et traitant du sujet. Ce sera l’occasion, pour les connaisseurs comme pour les néophytes, de découvrir plusieurs changements opérés dans le temps au sein des compagnies d’arc et d’observer les volontés de réforme de nos anciens. Certains pourront même tenter de trouver quelques analogies sur des questions qui peuvent être toujours d’actualité. Nous pensons là tout particulièrement à la part du folklore dans nos pratiques et uniformes, la place de la religion, le rôle de l’Ordre de St Sébastien, les pratiques des sociétés au tir,…

A chacun ses questions, à chacun ses réponses. Nous voulions juste soulever à nouveau quelques pistes de réflexion pour celles et ceux que le sujet intéresse.

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La question de la révision des Statuts
L’Archer Français N°5, 10 avril 1857

C’est toujours une chose grave, et qui demande la plus mûre réflexion, que de toucher à ce qui a, entre autres sanctions, celle du temps. Sans doute, l’âge même de certaines institutions fait qu’elles ne sont plus complètement en harmonie avec les idées et les moeurs de l’époque ; mais ces institutions rachètent par des mérites que le temps n’efface pas, les tâches ou les défauts qu’il a fait apparaître.

Les statuts qui régissent la Chevalerie de l’arc,ont le défaut, sans doute, de renfermer un certain nombre d’articles sans objet aujourd’hui ; mais ils ont le mérite d’être, depuis longtemps, reconnus et acceptés par tous les adeptes du noble jeu.

Quels que soient pourtant les motifs auxquels ces statuts doivent l’assentiment qui leur a été depuis longtemps donné, on entend chaque jour s’élever plus nombreuses les réclamations contre leur teneur.

La question de la réforme a donc pris aujourd’hui une certaine consistance. Seulement, au sujet de la manière de l’opérer, des difficultés nombreuses et des divergences d’opinion considérables
se manifestent.

Deux systèmes se partagent les esprits, parmi les partisans de la réforme.
Les uns, en effet, seraient d’avis que, prenant pour base du travail les statuts de 1733, on examinât un à un les 70 articles dont ils se composent, de manière à déterminer ceux qui pourraient
être maintenus et ceux qui devraient être remaniés ou remplacés.
Les autres, au contraire, voudraient que l’on rompit entièrement avec le passé, et que, sans se préoccuper de la question, si importante pourtant, des habitudes, on pût, en opérant sur de nouvelles bases, obtenir un travail mieux ordonné et plus complet.
A l’un et à l’autre de ces deux systèmes, il y a des avantages et des inconvénients. L’Archer Français accueillera dans ses colonnes les observations qui pourraient être présentées sur la question,
dans un sens ou dans l’autre.

Un certain nombre de Compagnies, du reste, sont d’elles-mêmes entrées, depuis quelques temps déjà,dans la voie des réformes, en faisant des essais de règlements, forts heureux souvent, pour
leur administration intérieure. L’étude et la comparaison de ces divers règlements pourraient faire faire un pas important à la question de la révision des statuts généraux. Plusieurs Compagnies
ont fait imprimer les règlements particuliers qu’elles se sont données. Nous prions Messieurs les Capitaines de ces Compagnies de vouloir bien nous faire parvenir un exemplaire de leurs règlements. Nous nous ferons un devoir de publier, dans l’intérêt de la question pendante, les parties que leur nouveauté ou leur forme heureuse recommanderaient à l’examen et aux méditations des chevaliers.

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La question de la révision des Statuts (second article)
L’Archer Français N°6, 20 avril 1857

Ainsi que nous le disions il y a dix jours, la question de la réforme a pris aujourd’hui,parmi les chevaliers de l’arc,une certaine consistance. Elle en prend chaque jour davantage.Nous apprenons que deux nouveaux projets de statuts s’élaborent en ce moment.

L’un de ces projets est dû à un des homme qui comptent dans la pratique du tir et dans celle des affaires de la chevalerie, la plus veille expérience, à M.Gounel, de la Compagnie d’Apollon,dont
le nom a souvent retenti dans les distributions de prix et à l’habile méthode duquel maint élève passé maître aujourd’hui ses légitimes succès.

L’autre projet a une sorte de caractère officiel. La pensée en émane, en effet, du conseil de la famille de Paris qui en a confié la rédaction à son honorable président,M.Denouvilliers,empereur
de la compagnie impériale, en qui on trouve un exemple si remarquable de l’alliance de hautes études et d’importants travaux scientifiques avec le goût et l’habile pratique du tir à l’arc.

Nous ne pouvons encore entretenir nos lecteurs des dispositions que présentent ces projets de règlement ; nous croyons seulement savoir que le dernier sera soumis dans quelques semaines aux délibérations du conseil de famille.

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Examen de quelques articles des statuts de 1733
L’Archer Français N°8, 10 mai 1857

En posant, dans un de nos précédents numéros, la question de la révision des statuts, nous disions que deux systèmes se partageaient les esprits parmi les partisans de la réforme et que plusieurs
voudraient qu’on prit pour base des nouveaux statuts les anciens, en déterminant les articles qui seraient de nature à être maintenus et ceux qui devraient être modifiés ou remplacés.

Nous venons d’examiner à ce point de voie les soixante-dix articles qui composent les statuts de 1733 et, sans avoir nullement la prétention de dicter un nouveau code à nos confrères, nous leur demandons la permission de leur soumettre le résultat de notre examen.

Les statuts débutent par un article dont la première partie est évidemment à retrancher.

L’article I dit en effet qu’ « il n’y aura et on reconnaîtra dans chaque ville, bourg et village qu’une seule compagnie et un seul jardin. » Cet article est aujourd’hui dans cent localités violé, puisqu’il y a foule de villes et même de villages qui dont deux, trois, quatre compagnies. C’est une violation des statuts à laquelle on ne saurait qu’applaudir, car elle encourage l’exercice que l’article, s’il était respecté, tendrait à restreindre. Une idée, que nous nous permettrons seulement de soumettre à ce sujet, c’est qu’il serait désirable que là où il existe plusieurs compagnies, elles eussent certaines époques pour se réunir, à la Saint-Sébastien, par exemple, comme cela a eu lieu cette année à Nogent-sur-Marne, et qu’elles formassent une sorte d’association, sous la présidence du plus ancien des capitaines.

L’article III est annulé par la force des choses. Il n’existe plus d’abbaye à Saint-Médard-lès-Soissons,partant plus d’abbé ni de grand prieur. Les chevaliers du noble jeu de l’arc n’ont donc pas
à reconnaître là de « Grand-Maître ». L’article VII établit, pour la somme dont le trésorier peut faire emploi sans en référer à la compagnie, une différence entre les compagnies des villes, celles des bourgs et celles des villages, qu’est loin de justifier habituellement la position financière respective des compagnies.

La seconde partie de l’article VIII, qui stipule l’appel, en troisième ressort, par devant l’abbé de Saint-Médard, est à biffer, puisque la juridiction qu’il établit n’existe plus.

Dans l’article XI, il y aurait à examiner si la condition d’être marié pour être reçu doit être maintenue. C’est une condition qui, au vu et su de tous, est d’ailleurs tous les jours violée. Il y aurait à examiner si l’autre condition, si souvent violée encore de la grande majorité de 25 ans, n’est pas excessive.

Le paragraphe de l’article XII qui indique l’épée comme faisant partie de l’uniforme des chevaliers de l’arc est aujourd’hui à rayer.

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Examen de quelques articles des statuts de 1722 (Suite)
L’Archer Français N°9, 20 mai 1857

Dans l’article XV, nous trouvons encore à supprimer la mention qui est faite de l’abbé de Saint-Médard et de son grand vicaire le père prieur.

L’article XX, ou du moins le commencement de cet article, avec des dispositions spéciales pour l’ancienne compagnie de Soissons, est sans objet aujourd’hui.

L’article XXI, qui stipule un nombre de haltes différentes pour le tir des prix des officiers en chef et de ceux des officiers subalternes ou des simples chevaliers,parait d’une utilité fort douteuse.

A l’article XII, il est dit que les prix « seront gagnés à la maîtresse broche,qui sera de fer »,etc.Voilà encore une prescription qui ne doit plus s’exécuter aujourd’hui qu’il n’y a plus de maîtresse broche.

L’article XXIV est à remplacer. Nous ne pensons pas qu’il y ait personne qui veuille revenir, pour la mesure des coups, aux « échantillons » d’autrefois.

L’article XL, concernant les défis qu’on peut se faire d’un lieu à l’autre et interdisant aux gagnants d’emporter les cartes trophées de leur victoire, aurait à être étudié. Il y aurait à rechercher et à peser les raisons qui peuvent avoir dicté cette défense.

Le cérémonial prescrit par l’article XLI pour les honneurs funèbres et les formalités à remplir à la mort du roi du jeu, demandant des modifications de la nature de celles indiquées déjà pour
les autres points de cérémonial. Les rois de l’arc n’ont aujourd’hui pas plus de couronne que les chevaliers n’ont d’épée.

L’article XLI, qui soumet les compagnies à obtenir des gouverneurs, magistrats et seigneurs des lieux, une autorisation préalable, avant de pouvoir donner un prix général ou provincial, se
trouve tout naturellement abrogé. Il serait difficile de trouver quelque chose de plus contraire à l’esprit libéral de notre temps que cette prescription de l’article LXVI,qui n’autorise qu’un prix général [NDLR : comprendre aujourd’hui bouquet provincial] dans tout le royaume et n’admet à ce prix que les jeux des villes.

L’article LXVIII, qui défend aux jeux des villes et des bourgs d’aller aux prix provinciaux des villages est, dans un autre sens, tout aussi illibéral, on l’avouera.

Telles sont les observations que quelques articles des statuts de 1733 nous ont suggérées. Si nous voulions résumer notre jugement sur l’ensemble, nous dirions que nous avons trouvé :
1° Huit articles à annuler plus ou moins complètement, savoir les articles 1, 3, 8, 20, 24, 51, 66, 68 ;
2° Six à modifier, savoir les articles 12, 15, 22, 39, 45, 67 ;
3° Dix à examiner, savoir les articles 2, 6 et 7, 11, 21, 25, 33 et 34, 40, 48 et 49 ;
4° Quarante-six à conserver, savoir les articles 4 et 5, 9 et 10, 13 et 14, de 16 à 19, de 26 à 32, de 35 à 38, de 41 à 44, 46 et 47, 50, de 52 à 65, 69 et 70.

Il reste à décider si ces statuts de 1733 sont la meilleure base à prendre pour un travail général d’organisation ; s’ils répondent suffisamment aux idées de notre époque.

Ce sont encore là des questions que nous n’avons pas la prétention de résoudre, nous les posons seulement. Nous nous empresserions d’accueillir les observations que celles que nous venons de présenter pouvaient suggérer à d’autres.

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NDLR : Malheureusement, plus aucun article ne paraît ensuite sur le sujet du remaniement des Statuts, si ce n’est celui que nous reproduisons ci-après, dont le principal but est de rappeler aux
lecteurs de L’Archer Français qu’il n’existe plus aucune juridiction pouvant se réclamer être le pouvoir spirituel et temporel sur les compagnies d’arc.

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Variétés : Origine de l’autorité exercée autrefois sur la chevalerie de l’arc par l’abbé de St-Médard
L’Archer Français N°15, 20 juillet 1857

Avant 1789, l’abbé de l’abbaye royale de Saint-Médard-lès-Soissons prenait le titre de Grand-Maître et Juge suprême en dernier ressort, en cas d’appel, des Compagnies d’Archers et des Confréries de Saint-Sébastien établies dans toute l’étendue du royaume.

Nous cherchions l’explication de cette ancienne autorité de l’abbé de Saint-Médard sur la chevalerie de l’arc, quand nous l’avons rencontrée dans l’Histoire de la ville de Soissons, publiée
en 1839, par M. Lelon. On y lit, en effet, tome 1er, page 125 : « Les reliques de Saint-Sébastien, apportées de Rome en 825, attirant journellement dans l’abbaye de Saint-Médard un grand
nombre de visiteurs, l’abbé institua pour veiller jour et nuit sur ces reliques, une confrérie armée. Une bulle du pape et une ordonnance de l’Empereur confirmèrent cette institution, et désignèrent l’abbé de Saint-Médard pour en être le chef et Grand-Maître, tant au spirituel qu’au temporel. […] »

C’est cette confrérie, convertie en 1452 en compagnie d’arc, qui eut en 1722 des statuts rédigés en 48 articles « corrigés et augmentés pour le bon ordre de la compagnie, le tout sous le bon plaisir de Monsieur de Pomponne, abbé de l’abbaye royale de Saint-Médard-lès-Soissons ».

Révisés onze ans plus tard et augmentés de 22 articles, qui en portaient le nombre à 70, ces statuts de 1733 prenaient la forme sous laquelle ils nous sont parvenus. […]

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