L’Archer Français a eu l’opportunité d’interroger le Colonel Blandin sur le Bataillon des Canonniers Sédentaires de Lille, dont il était autrefois chef de corps. Ce Bataillon est un ancien corps militaire de canonniers, autrefois intégré au sein de la milice bourgeoise comme société privilégiée, à l’instar des compagnies des nobles jeux de l’arc, de l’arbalète et de l’arquebuse.


Uniforme des canonniers sédentaires de Lille, 1860

La première question qui nous vient spontanément à l’esprit est pourquoi « sédentaires » dans le nom de votre société ? Quels ont été les anciens noms de votre société ?

Lors de la levée en masse de l’an II (1793), les unités de la Garde nationale citoyenne ayant pour seule vocation de défendre leur ville prirent souvent l’appellation de sédentaire pour se distinguer de l’armée de campagne. Ce fut le cas à Lille, car les Cannoniers, même du temps de l’Ancien Régime, avaient toujours décliné les sollicitation d’expédition (à quelques exceptions près). Le Premier Consul, Napoléon Bonaparte leur confirma cette mission de défense de place forte. Son décret de 1803 les reformant en unité formant Corps, leur donna officiellement leur nom d’aujourd’hui: Bataillon des Canonniers Sédentaires de Lille à deux compagnies en charge de tenir les rempartsde la ville, ceux de la citadelle étant du ressort de l’Armée nationale.

Aujourd’hui, quel est le statut de votre société ? Association, corps militaire, … ? Comment est-elle organisée (compagnies…) ? Comment va-t-elle évoluer ?

Le BSCL est à deux composantes :

D’une parte, la composante militaire inscripte pour la forme sur le Grand livre des unités de l’Armée française (n’ayant plus, depuis la suppression des unités de réserve, de missionde mobilistation). A sa tête un chef de corps nommé selon les règles de la Garde nationale : proposé par la Municipalité au Général gouverneur qui l’intronise au nom du Ministre de la défense. Possession d’un Etendard aux frais de la Municipalité qui reçoit par exception les Honneurs militaires lorsqu’il sort, en mémoire du siège de Lille par les Autrichiens (septembre 1792) qui valut à Lille d’être la première ville de France citée à l’ordre de la Nation et d’être décorée de la Légion d’honneur en 1900. L’existence symbolique d’un carré de 36 canonniers volontaires aptes à procéder aux cérémonies du Corps.

D’autre part, une institution ressortissant de la loi du 1er juillet 1901 ayant en charge la gestion de l’Hôtel des Canonniers, du musée, sa notoriété et son animation. Elle a des adhérents qui paient cotisation, une conseil d’administration. Le Chef de corps du Bataillon est de droit président du conseil mais n’y est pas obligé.


Drapeau du Bataillon

L’adhésion est réalisée sur acceptation du Conseil et en payant une cotisation (minimum 12€).

A-t-elle eu des liens avec d’autres compagnies de la milice, comme les archers, arbalétriers et arquebusiers ? Ses membres avaient-ils des privilèges particuliers (moins de taxes, moins de gardes à mener dans la ville, …) ?

Le BCSL n’a et n’a eu aucun rapport avec d’autres compagnies de l’arc ou de l’arbalète. Sous l’ancien régime, la compagnie de démarquait de la milice bourgeoise dont le service était imposé aux bourgeois, qui recevaient en contrepartie un uniforme aux frais de la ville, des dentées lors de leurs fêtes et cérémonies et devaient faire le guet intra-muros.

Comment est désigné le chef de votre société ? Quels sont les pré-requis pour y postuler ?

En principe, le chef de corps doit avoir fait son service militaire dans l’Artillerie et être officier supérieur de réserve. Aujourd’hui, il il êut être offisier supérieur honoraire ou en retraite, ou encore de réserve citoyenne, tout en étant agréé par la Municipalité et le Général gouverneur. Il a rang d’autorité militaire dans le protocole de la Ville.

A quelles occasions les membres de votre société se réunissent ? Pour y faire quoi ? Autrefois elle se réunissait à quelle période ? Pour faire quoi ? Entrainement, parade, garde d’honneur pour la municipalité, … ?

Le Conseil se réunit au moins une fois par trimestre. Les canonniers participent deux fois par an à un concours de tir au fusil. Ils participent aux cérémonies de Sainte-Barbe dans la cour d’honneur de l’Hôtel et du 14 juillet. Certains des généraux en poste à Lille et passant en 2e section [NDLR : assimilée retraite] demandent la présence de notre Etendard lors de leurs adieux aux armes.

La société a-t-elle des patronages civils ou militaires (maires, préfet…) ? Des membres d’honneurs prestigieux ? A-t-elle un saint patron ?

La patronne est celle des artilleurs : Sainte-Barbe. Au Moyen-Age, la compagnie s’appelait d’ailleurs la Confrérie de Sainte-Barbe. Le Conseil délivre des brevets de canonniers d’honneur aux personnalités qui le soutiennent : des Généraux lillois, des magistrats municipaux, …

A quelle date remonte votre plus ancien registre et vos plus anciens statuts ? Quels sont les pièces majeures du musée ?

Nos archives commencent au XIVe siècle. Mais c’est le 2 mai 1483 que commence l’histoire officielle des Canonniers.

Les membres de votre société s’entrainaient-ils régulièrement à d’autres armes, comme l’arc, l’arbalète, l’arquebuse ou le fusil ?

Plus aucun tir n’est pratiqué, mais autrefois les Canonniers s’entrainaient régulièrement au canon, à l’arquebuse puis au fusil.


Musée des Canonniers Sédentaires de Lille

La société pouvait-t-elle être considérée à quelques moments de son existence comme une société d’amusement au tir ?

En aucun cas, d’ailleurs il ne faut pas oublier que Lille a subi sept sièges au cours de son histoire.

Est-ce que ses membres tiraient autrefois chaque année lors d’une occasion pour désigner in fine en son sein un « roi de l’oiseau » ou « roi de la compagnie » ou « roi du corps » ?

Ce tir se pratiquait jusqu’au Second Empire. [NDLR : ainsi, la réponse apportée concernant l’amusement de ses membres nous étonne donc]

Quel est l’uniforme actuel de ses membres ?

L’Empereur fixa l’unfiorme comme étant celui de l’Artillerie de la Ligne, avec pour spécificité l’inscription « Lille 1483″ sur les boutons et la plaque de shako, afin de montrer que le BCSL est la plus ancienne unité d’Artillerie existante en France (et non pas française).

Aujourd’hui, l’uniforme est celui d’un artilleur de l’armée de terre. L’insigne d’unité est enregistré au Service historique de l’Armée.

Pour en savoir plus : Musée des Canonniers Sédentaires de Lille,

Voir aussi notre article : Un nouveau chef de corps pour les Canonniers Sédentaires de Lille

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