En novembre 2014, le journal L’Archer Français a lancé un grand jeu concours dont le but était simple : trouver la première référence bibliographique fiable parlant explicitement de la chevalerie des nobles jeux (peu importe lesquel), dans ces propres termes.

En effet, encore aujourd’hui, il n’est pas possible de dater précisément (à quelques années près) les débuts de la chevalerie de l’arc. Certains s’y sont essayés, mais en ne se basant pas souvent sur des références certaines et fiables. Ainsi, trop souvent, les archers en général et les chevaliers de l’arc en particulier recherchent, trouvent et transmetttent eux-mêmes de fausses informations sur leurs propres racines.

Le but de notre concours était donc, dans notre démarche continue de vérification historique de l’histoire de l’archerie traditionnelle en France, d’identifier la date approximative du lancement de la « chevalerie de l’arc ».

Seulement cinq archers (à savoir cinq chevaliers de l’arc, pour être précis) se sont prêtés au jeu. Bien entendu, nous regrettons que ce nombre ait été aussi faible. Mais nous ne tenterons pas volontairement de l’analyser, afin d’éviter de ne plus pouvoir espérer et persévérer…

Parmi les documents qui nous ont été signalés, les très connus Statuts des confrères arbalétriers de la ville de Reims, datant du XVIe siècle. Ce texte a souvent été cité dans plusieurs ouvrages du XIXe s. comme signalement de l’existence de « chevaliers de l’arbalète » à Reims à ce siècle là. Or, il faut revenir au texte lui-même ; dans ces statuts, aucune trace de « chevalerie de l’arbalète » ou de « chevaliers de l’arbalète », juste des confrères (terme usuel à cette époque pour les confréries, quelles soient ou non militaires).

Autre soucis du même type, beaucoup d’ouvrages post-Révolution font remonter les « chevaliers de tel noble jeu » (donc implicitement la « chevalerie » qui va avec), d’une ville donnée, à la création des compagnies privilégiées dans cette même ville (généralement ces créations datent du XIe au XIIIe siècles). Or, il est certain qu’aucune compagnie de la milice bourgeoise ne se qualifiait à cette époque d’être un « noble jeu » et encore moins avec un titre lié à la chevalerie. Ces termes sont clairement une invention plus tardive.

Ensuite, autre soucis : des registres d’anciennes compagnies de grandes villes ont eu dans leur rang des personnalités prestigieuses. Des « grands bourgeois » (sans titres mais souvent élus municipaux) y coutoyaient des nobles, avec potentiellement pour rang dans la noblesse celui de « chevalier ». Ainsi, quelques registres enregistraient leurs membres, avec leurs qualités nobiliaires. Mais cela, vous le comprenez, ne démontre en rien l’existence d’une chevalerie de l’arc. Ce n’était qu’un titre nobiliaire personnel listé car usage de l’époque.

Ainsi, et nous l’encouragions par ailleurs au lancement du jeu concours, il est nécessaire de revenir à une recherche sémantique, seul outil fiable et certain dans ce genre de problématique de recherche. A savoir, trouver dans les textes, la plus ancienne occurrence des expressions « chevalier de l’arc » ou « chevalerie de l’arc », etc. Voici celles qui nous ont été remontées et que nous avons validé sur le plan scientifique :

1628

Source : Statuts et ordonnances du noble jeu de l’arc pour les archers de la ville de Lyon

1636-1643
« un oiseau de la grosseur i fctatuU des Archers ou Chevaliers du noble jeu de l’arc »
Source : Les fastes de Rouen : poème latin / par Hercule Grisel, prêtre rouennais du XVIIe siècle ; révision et notes par M. Bouquet, p. 211

1678
« Chevaliers du noble Jeu de l’Arc de cette Ville-là, qui se font distinguez en de pareilles occasions, n’ont pas manqué… »
Source : Mercure Galant pour 1678, p.47

Ainsi, cela est clair, la chevalerie de l’arc remonterait au premier tiers du XVIIe siècle, période où les armes à feu avaient rendu entièrement inutile l’arc à flèche depuis déjà pas mal de temps. Les compagnies des archers se composaient alors bien moins de guerriers que de personnes qui s’exerçaient par amusement à tirer de l’arc. Ces compagnies étaient devenues des sociétés de privilèges et d’amusement pour nobles et grands bourgeois des villes. Voilà donc en somme l’esprit et la date approximative de la création de la « chevalerie de l’arc » en France.

La question subsidiaire qui doit être soulevée est alors : cette jeune « chevalerie de l’arc » comportait-elle alors déjà des traditions similaires à celles qui sont transmises aujourd’hui ? La question semble pouvoir être répondue par l’affirmative à la lecture des Statuts et ordonnances du noble jeu de l’arc pour les archers de la ville de Lyon de 1628. Ces statuts montrent en effet clairement que la cérémonie de réception ne se limitait pas qu’à un simple serment (comme dans toutes les confréries d’alors). Déjà, il fallait jurer de ne pas révéler à quiconque le serment et les instructions qui suivent celui-ci. Toute la sémantique précisément utilisée dans ces statuts est très similaire à celle employée dans les statuts du Compagnonnage. Ceci constitue une preuve que le Compagnonnage a sans aucun doute transmis une partie de ses usages traditionnels à la chevalerie de l’arc. Et preuve que la chevalerie de l’arc comportait, dès ses débuts, une composante « initiatique » ; ce, bien avant ses nouveaux métissages avec la Franc-Maçonnerie durant le XVIIIe siècle.

Pour conclure sur cet article, bravo à Cyril N. qui a trouvé les trois références bibliographiques présentés ci-dessus. Pour notre part, nous nous étions arrêté à 1695, avec les statuts des chevaliers de l’arc en main de Lyon. Encore bravo et merci à toi. Si jamais de nouveaux documents antérieurs étaient transmis, nous serons heureux de les publier !

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