Un de nos lecteurs assidus, nous a envoyé ce matin cette question : « Je n’arrive plus à trouver un écrit sur la date a laquelle doit avoir lieu l’abat l’oiseau. Peux-tu m’aider s’il te plaît ? » Nous lui avons répondu, et en profitons pour partager notre réponse, agrémentée ici de compléments, car ces éléments pourront éventuellement être utiles à d’autres archers…

Selon nous, cette question trouvera sa réponse officielle au sein des Règlements Généraux de la chevaliers d’arc et archers de France de 1934-1960 (encore en vigueur 55 ans après leur édition) et plus spécifiquement dans son article 127 qui dit précisément :

Article 127. Le tir à l’oiseau a pour objet la désignation du Roi de l’année, il a lieu de préférence avant le 1er Mai. Le jour, l’heure et la durée du tir sont fixés par la Compagnie dans l’assemblée trimestrielle de Janvier et indiqués par une affiche qui, placée dans la salle après cette assemblée, y reste jusqu’au moment du tir.

Clairement, nous voyons qu’avec l’utilisation de l’expression « il a lieu de préférence avant le 1er Mai », il n’y a pas de règle stricte à ce sujet. D’ailleurs, je me souviens d’un cas où des circonstances particulières, à savoir que le roi était hospitalisé plusieurs semaines, le tir avait été reporté jusqu’à son retour afin qu’il puisse défendre son titre. Et puis cette disposition réglementaire pourrait également permettre de le tirer en janvier ou même en février, malgré le froid… pourquoi pas.

Ceci étant, qu’en était-il avant les Règlements de 1960 ?

Si l’on se reporte aux Statuts et Règlements généraux de la Chevalerie de l’arc de 1889, nous pouvons lire une autre disposition à ce sujet :

Article 161. Le tir à l’oiseau a pour objet la désignation du Roi de l’année. Il a lieu dans le courant des mois de mars, avril, ou mai.

Cet article est davantage précis, mais ne change pas grand chose. Faisons encore un bond dans l’histoire… Qu’en est-il alors dans les Statuts & Règlements Généraux pour toutes les Compagnies du noble jeu de l’arc… de 1733 ? Reportons nous alors à cette dispositino :

Article XII. Le dernier Dimanche du mois d’Avril, le Roi fera faire Assemblée générale de tous les Officiers & Chevaliers en la Salle du Jardin, à l’issue des Vêpres de la Paroisse où est situé le Jardin de chaque Compagnie, pour prendre jour pour tirer l’Oiseau, qui se doit tirer ordinairement le premier jour, ou le premier Dimanche du mois de Mai, à moins que la Compagnie ne jugeat à propos de le différer, auquel cas il sera dressé acte des raisons & motifs du délai, & sera de nouveau indiqué Assemblée générale, afin de prendre jour pour le tirer; ce qui s’observera toutes les fois que la Compagnie différera de le tirer. […]

Les premiers jours du mois de mai étant déclarés jours chômés depuis le 23 avril 1919, cela explique pourquoi les statuts de 1934-1960 encouragent la tenue du tir de l’oiseau au plus tard le 1er mai.

Nouveau bond dans l’histoire… Si l’on s’intéresse aux statuts et règlements particuliers des compagnies, du temps où il n’y avait pas encore de règlements généraux pour tout le pays, nous pouvons voir que l’abat de l’oiseau avait lieu à des dates plus diversifiées :

A Lyon en 1628, les archers le tiraient le premier dimanche de mai. Les arquebusiers de Joigny le tiraient le premier mai. A Autun, les arquebusiers le tiraient chaque été, à une date variable. A Besançon, en 1772, il a lieu le dimanche après la fête de Ste Magdelaine (22 juillet). Les arquebusiers de Poligny, au XVIIe s., le tiraient entre le 15 avril et le 15 juin ; en 1767, il avait lieu le second dimanche du mois de mai.

En bref, nous voyons que la date de début mai semble la plus récurrente, avec quelques occurrences parfois durant l’été. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que jusqu’à la Révolution, le tir de l’oiseau ouvrait la saison de tir (les archers ne tiraient pas durant l’hiver). Ils profitaient donc des premiers beaux jours assurés pour organiser le tir du papegay. Tir qui permettait ensuite, chaque dimanche jusqu’à ce que la saison ne le permette plus (vers les mois de septembre, octobre), de tirer les prix des officiers puis ceux des chevaliers.

Dans tous les cas, le tir de l’oiseau était autrefois une réjouissance publique. Et il n’était pas possible de l’organiser sans l’accord du corps municipal mais aussi du gouverneur de la Province, qui représentait alors le Roi. En effet, les autorités locales souhaitaient parfois associer ce tir aux fêtes locales ou bien encore surveillaient de prêt au fait que cette fête n’entrave pas des contraintes locales, comme des périodes de travaux collectifs (vendanges…).

Nous espérons que cet éclairage historique aura pu intéresser quelques uns de nos assidus lecteurs. 😉

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