En consultant le Manuel de l’arbitre, publié au mois d’octobre 2015 par la Commission nationale des arbitres de la FFTA (document très bien fait sur le fond et la forme et qui est très utile aux arbitres), nous avons remarqué quelques erreurs historiques dans le paragraphe sur le tir Beursault.

Relevant du détail, nous avons extrait 4 points à propos de ce paragraphe que nous souhaitions commenter et qui mériteraient sans doute d’être corrigés à terme, si cela était possible.

C.5 LE TIR BEURSAULT
Cette forme de tir, traditionnelle en France, nécessite des installations particulières.
Elle se pratique sur un terrain appelé « Jeu d’Arc » ou « Jardin d’Arc ».
Il s’agit d’un tir dont les origines remontent au 15ème siècle [1] et qui permettait aux « Francs Archers » [2], sorte de Garde Nationale [3], exemptés d’impôts, de s’entraîner tous les dimanches sur un champ de tir réservé à cet effet, en tirant, alternativement, une flèche sur deux buttes, à une distance de 50m, les deux buttes étant espacées d’environ 52m[4].
[…]

[1] Aucun document permet à ce jour de bien spécifier le siècle d’origine du tir beursault. Par rapport aux recherches historiques existantes, des iconographies de Manuscrits occidentaux du XIVe siècle montrent qu’à ce siècle, le tir en aller-retour sur deux buttes opposées , au milieu d’un jardin d’arc, existait déjà :


Deux archers faisant du tir à l’arc au milieu d’un jardin (XIVe siècle)
Crédits de l’image : BnF

[2] Comme nous le savons, les compagnies d’arc sont issues (ou se revendiquent issues) de l’organisation urbaine de l’époque. Donc, des compagnies des milices bourgeoises des villes d’autrefois. Il ne nous semble donc pas pertinent de se référer aux « francs-archers », ce corps non municipal, créé en 1448 par Charles VII et qui fut dissout en 1481 car il ne servit pas à grand chose, tant en temps de paix que de guerre.

Le militaire et écrivain français du XVIIe siècle Pierre de Bourdeille, dit Brantôme, dit d’ailleurs de lui que « ce n’estoit la plupart que marauts, belîtres, mal armèz, mal complexionnèz, fainéants, pilleurs et mangeurs de peuple » (Histoire de l’ancienne infanterie française, T1 par Louis Suzanne).


Création du corps des francs-archers par Charles VII (1484 ?)
Crédits de l’image : BnF

[3] Le tir beursault est issu des « compagnies privilégiées des milices bourgeoises des villes », qui seront effectivement fondues à la Garde nationale à la Révolution. Mais ces compagnies privilégiées n’ont rien à voir avec la Garde nationale, en tout premier lieu car les compagnies de la Garde nationale étaient de véritables unités militaires, qui ne pratiquaient pas l’exercice de l’arc comme un noble jeu, qui n’avaient pas de roi de l’arc, ne pratiquaient pas la chevalerie de l’arc…

[4] Cette précision est ici anachronique, car autrefois les distances de tir variaient suivant les lieux et les périodes de l’histoire…

Proposition de modification du paragraphe :

C.5 LE TIR BEURSAULT
Le tir beursault est un tir traditionnel dont les origines remontent à plus de sept siècles et qui permettait aux membres des compagnies privilégiées de la milice bourgeoise de s’exercer régulièrement au noble jeu de l’arc, tout en étant exempté de certains services et impôts dus à leur ville d’appartenance.
Il est encore pratiqué de nos jours sur un champ de tir réservé à cet effet, appelé « Jeu d’Arc » ou « Jardin d’Arc », qui nécessite des installations sportives particulières.
Les archers de la FFTA qui le pratique tirent, alternativement, une flèche sur deux buttes, à une distance de 50m, les deux buttes étant espacées d’environ 52m.
[…]

Tout ceci est de l’ordre du détail, comme nous le disions. Mais il est également vrai que ces points relèvent de croyances encore tenaces au sein du milieu de l’archerie et qu’il n’est pas inutile de les soulever.

Mise à jour de l’article : 23/12/2015 18h35

Share →